Retorno a Itaca

07 avril 2008

Antes de partir: poema de Kavafis

ÍTACA
Konstantinos Kaváfis
 

Cuando emprendas el viaje hacia Itaca
ruega que sea largo el camino,
lleno de aventuras, lleno de experiencias.
A los Lestrigones, a los Cíclopes
o al fiero Poseidón, nunca temas.
No encontrarás trabas en el camino
si se mantiene elevado tu pensamiento y es exquisita
la emoción que toca el espíritu y el cuerpo.
Ni a los Lestrigones, ni a los Cíclopes,
ni al feroz Poseidón has de encontrar,
si no los llevas dentro del corazón,
si no los pone ante ti tu corazón.

Ruega que sea largo el camino.
Que muchas sean las mañanas de verano
en que - ¡con qué placer! ¡con qué alegría! -
entres en puertos nunca antes vistos.
Detente en los mercados fenicios
para comprar finas mercancías
madreperla y coral, ámbar y ébano,
y voluptuosos perfumes de todo tipo,
tantos perfumes voluptuosos como puedas.
Ve a muchas ciudades egipcias
para que aprendas y aprendas de los sabios.

Siempre en la mente has de tener a Itaca.
Llegar allá es tu destino.
Pero no apresures el viaje.
Es mejor que dure muchos años
y que ya viejo llegues a la isla,
rico de todo lo que hayas guardado en el camino
sin esperar que Itaca te de riquezas.
Itaca te ha dado el bello viaje.
Sin ella no habrías aprendido el camino.
No tiene otra cosa que darte ya.

Y si la encuentras pobre, Itaca no te ha engañado
sabio como te has vuelto con tantas experiencias,
habrás comprendido lo que significan las Itacas.

ITAQUE
Konstantinos Kaváfis
(Trad.
Marguerite Yourcenar et Constantin Dimaras)

Quand tu partiras pour Ithaque,
Souhaite que le chemin soit long,
Riche en péripéties et en expériences.
Ne crains ni les Lestrygons,
Ni les Cyclopes,
Ni la colère de Neptune.
Tu ne verras rien de pareil sur ta route
Si tes pensées restent hautes,
Si ton corps et ton âme ne se laissent effleurer
Que par des émotions sans bassesse.
Tu ne rencontreras ni les Lestrygons,
Ni les Cyclopes,
Ni le farouche Neptune,
Si tu ne les portes pas en toi même,
Si ton cœur ne les dresse pas devant toi.
Souhaite que le chemin soit long,
Que nombreux soient les matins d'été,
Où, avec quels délices !
Tu pénétreras dans des ports vus pour la première fois.
Fais escale à des comptoirs phéniciens,
Et acquiers de belles marchandises :
Nacre et corail,
Ambre et ébène,
Et mille sortes d'entêtants parfums.
Acquiers le plus possible de ces entêtants parfums.
Visite de nombreuses cités égyptiennes,
Et instruit toi avidement auprès de leurs sages.
Garde sans cesse Ithaque présente à ton esprit.
Ton but final est d'y parvenir,
Mais n'écourte pas ton voyage :
Mieux vaut qu'il dure de longues années,
Et que tu abordes enfin dans ton île aux jours de ta vieillesse,
Riche de tout ce que tu as gagné en chemin,
Sans attendre qu'Ithaque t'enrichisse.
Ithaque t'a donné le beau voyage :
Sans elle, tu ne te serais pas mis en route.
Elle n'a plus rien d'autre à te donner.
Même si tu la trouves pauvre,
Ithaque ne t'a pas trompé.
Sage comme tu l'es devenu à la suite de tant d'expériences,
Tu as enfin compris ce que signifient les Ithaques…

               


       

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